Strange Away

Pour Esmé, avec amour et abjection


J'avais toujours le rêve que tu m'emmènes en Laponie avec toi
j'aurais voulu que la veille de ton départ tu me dises : " Doley, je t'emporte dans mes bagages ! "
et j'aurais dit : " Mais c'est de la folie ça, Esmé... Où vas-tu donc ranger tes chaussures hérissons ? "
et tu aurais dit : " Doley, voyons, tu ne seras pas dans ma valise... mais au plus profond de mon cœur... et accessoirement à côté de moi sur la passerelle... "
et j'aurais dit : " Mais c'est que je risque d'avoir chaud. "
et tu aurais dit : " Oui, tu risques bien. N'oublie pas de prendre une écharpe quand même."
et je t'aurais dit : " Esmé... "
et tu m'aurais dit : " Doley... "
et tu aurais enroulé ton écharpe blanche autour de mon cou avant de m'embrasser, les yeux remplis de fleurs salées...
et on serait parti, loin...

en dehors de ce monde, on serait parti
vers le soleil qui ne se couche jamais à l'horizon
Au milieu de ce strange away on aurait enfin pu se regarder et partager sans la moindre frayeur quelques secondes de sincérité : " Parce que nous sommes Esmé et Doley..."
" Parce que nous sommes Esmé et Doley..." aurait répété le vent aux rares péniches alentours.

["Nous sommes ?... nous étions cher Doley, nous étions..."]

de quoi a-t-on vraiment parlé ce soir-là ?
de notre incapacité à communiquer, maybe...
...
Elle est partie en Laponie
en oubliant son blanche écharpe au pied du lit


[on se serait regardé
en dehors de ce monde et on serait parti]

13.9.04 03:55



Aller à la date 5 Commentaire(s)     URL de TrackBack


Esmée (13.9.04 14:39)
dès le milieu de la semaine écoulée, j'ai osé te l'écrire, comme ça, un matin, sans savoir si s'était censé...
et j'ai l'insensé de le désirer, que tu sois là sur ce chemin...
c'est vrai, peut-être, dans le crépuscule de la semaine, hier, j'ai glissé des mots :
- tu peux me retenir...
- vivre à Tours, alentour ou en Laponie... heureux...travail volontaire...
... glissé sur des mots...
... ayant déjà écrit le principal, j'ai la timidité de l'attente...
c'est peut-être pour cela que :
Esmé n'a pas dit "Doley, je t'emporte ", car Doley n'est pas un objet à emporter...
Esmée n'a pas dit cela, mais Esmée désire très fort que tu sois de ce premier voyage à deux... elle pense que tu y as toute ta place, que ce pays de couleurs te plaira, que tu découvriras encore plus la vie et toi-même... que cela sera bien. simple. réel.
Elle pense aussi que sa place est là, sur le pont de notre communication facil-difficile... - parole, corps, âme... près de toi...
Elle attend les mots, tes mots...
Doley, lui, n'est pas un objet, un être sans désirs...
Doley fait des choix... C'est lui qui choisit de se porter, de se mouvoir...
Esmée est peu de chose sans toi... et elle t'attend...
Depuis, elle son coeur se serre quand il s'agit de dire "je"... en souhaitant tellement le "nous"...
La passerelle est ouverte.Là. A toi.
Esmé n'est même pas encore debout... Toute en reconstruction...
Esmé parle parfois beaucoup, pour combler des silences...
Tu as posé les bonnes questions...
Esmée entend tes paroles...
Veut entendre...
Elle te sent.
Elle te l'a dit.
Elle t'attend.
Si tu le veux, elle avec toi
sur ce chemin,
Vous vous en irez.
Vous arriverez.
Au bon port.
Qui nous attend.


(14.9.04 03:24)
je t'embrasse Doley


(20.9.04 00:16)
Et si Doley avait dit "j'aimerais tellement venir..." au lieu d'attendre l'invitation?
Vous n'auriez pas pu parler de votre incapacité à communiquer, c'est sûr...


(28.9.04 13:16)
Belle declaration.
Fonce Doley ou tu vas le regretter !


(28.9.04 14:02)
yhy

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